« Le 20 août 2018, Michel Cazenave s’en est allé rejoindre l’Infini qu’il a cherché toute sa vie, entouré
d’Amour de Musique et de Beauté. »

Au centre exact des vagues de couronnes
naturellement flétries par l’impitoyable haleine du temps,
se dressait, tel un phare et un mât,
un lys du même jaune que le bouquet de tulipes pérenne.
Je n’ai pu m’empêcher de saisir pour vous et les vôtres ce pur miracle solaire.
Clin d’œil offert au regard, sceau de lumière.

Oria

Ce 9 septembre 2018, sur la tombe fleurie du 27 août, à Saurat…

« Les grandes eaux ne pourrons éteindre l’amour, ni les fleurs le submerger »

Cantique des cantiques

Papa,

Je veux simplement te remercier, car si aujourd’hui la perte est immense, le trésor que tu laisses l’est aussi…

Merci de cette chaude enfance, nous quatre, toi, Maman, Tristan et moi.

Le socle…

Merci pour Tristan, dont tu étais si fier.

Merci de m’avoir toujours aimée, soutenue, accompagnée, de manière constante et indéfectible, tout au long de ma vie, dans la joie et les épreuves, d’avoir fait de même pour mes enfants, Pierre, Mathilde, Jean et Ange. Tu les aimais tant.

Merci tout particulièrement pour Mathilde, qui fut ta dernière lumière et dont tu as fait un soleil…

Merci de m’avoir tant, tout appris, de m’avoir permis de travailler avec toi, d’avoir écrit pour moi le roman dont je rêvais, de me laisser cette demeure ancestrale que tu aimais tant, pour que je la transmette à mon tour…De tant de choses…

Merci de cet homme que tu as été, de ta culture, ton ouverture, ton immense générosité, ton merveilleux sourire et ton si beau regard…

Merci enfin de la confiance que tu m’as accordée, en me laissant t’accompagner, durant ces deux dernières années de souffrance.

Ce fut émouvant, bouleversant, douloureux et magnifique…jusqu’à ton dernier instant.

Nous sommes allés tous deux au bout de l’amour et de la mort…

Tu me laisses sur la rive, mais tu me constitues à jamais.

Merci,

Je t’aime.

Sandra

Par la Grande Mère, par Kali, Isis et Marie, tu es désormais protégé,
Et cet amour, l’amour, l’amour,
Apprendre à vivre sans toi, incomplète… en émoi.
Tu es parti, entouré de femmes,
Empli toi-même de cette féminité tant recherchée,
Favorisant ton féminin Divin, ta Déité… le féminin sacré.
A toi, à tout ce que tu incarnais, je t’aime.
Soleil devenu Lune.

Mathilde Tondat (petite fille de Michel Cazenave)

Contre les heures prises d’étiolement, heures réduites de positivité, résonne encore la voix de Michel Cazenave qui fut juste et généreux dans son œuvre d’au-delà.
Elles étendirent à de plus larges bords la mesure française.
Compagnon et gardien du compagnonnage, nous vous devons cette conscience d’un cercle d’amis qui se confient fragiles à l’invisible. Et notre dette, nous ne la paierons pas, afin que vous restiez pour nous, toujours, celui qui donna du crédit.
Votre mort nous approfondit à nouveau et l’amitié nous conduit à suivre encore avec vous l’Homme cerné d’abîmes sur sa route quotidienne.

Alexis Lavis, Pékin, 23 août 2018

Nous perdons, avec la mort de Michel Casenave, un des plus ardents défenseurs de la mise en culture des connaissances scientifiques, dans leur apport à l’ensemble des interrogations contemporaines. A une époque où les discours sur les valeurs humaines semblent de plus en plus absents des medias, par la voie de la radio et de la télévision, il a su les susciter avec énergie et persévérance. Son action bénéfique reste avec nous comme un exemple d’une parole bénéfique.
Hubert Reeves
Je n’ai plus aucun souvenir de comment nous nous sommes rencontré. Car comme tant et tant de gens, j’ai connu Michel bien avant. En l’écoutant. En le lisant.
Sa voix sur France Culture, sa manière d’interroger ses divers interlocuteurs ont été des moments précieux pour tous ceux qui cherchaient un chemin hors de la barbarie de la calculabilité effrénée…
Michel Cazenave a ouvert une porte décisive. C’est tout simple : il a montré qu’interroger l’énigme même de notre existence, en direction de ce que l’on pourrait nommer « mystique » pour reprendre le mot de Bergson et de Wittgenstein, ou « spirituel» pour reprendre un mot aujourd’hui plus courant, nécessite la plus grande rigueur.
Ce n’est pas du tout évident. En général, la question spirituelle est abordée de manière vague, floue, paresseuse. On confond l’invitation à dépasser l’enfer de la logique, avec un renoncement à toute exigence de pensée.
Or respecter l’inconnaissable demande un surcroit de précision et d’intelligence — intelligence qui n’a plus rien de fermé, d’abstrait, de conceptuel. Michel Cazenave a été pour beaucoup, pour moi, un formidable exemple de cette exigence.
Ce que j’ai aussi tant aimé de lui, c’est sa disponibilité et sa curiosité. Il était ainsi d’une ouverture profonde, heureuse et libératrice. Il était complètement libre de cet orgueil qui fait que tant de gens de lettres finissent par ne plus être qu’une caricature de leur propre image.
Michel lui était toujours à l’écoute de l’altérité du questionnement et il était, du coup, toujours partant pour vivre à la hauteur d’une rencontre réelle, toujours soucieux de favoriser ce qui préserve et éclaire.
D’une manière plus secrète, Michel Cazenave savait que la lumière est inséparable de la nuit et que l’on ne peut pas parler de la nuit, sans évoquer la lumière. Nous vivons en un temps, ou partout on nous invite à une sorte de lumière sans ombre, sans nuit — une lumière fausse, fabriquée, une lumière qui aveugle mais qui n’éclaire plus, qui ne guide plus. Je crois profondément que Michel Cazenave a su ainsi préserver l’énigme. Enigme au cœur de la vie, du risque et surtout peut être des noces du masculin et du féminin.
Fabrice Midal

Michel Cazenave s’en est allé dans la soirée du vingt août. Après deux ans d’une maladie douloureuse très éprouvante. Nous tous ses amis de la SFPA, nous nous joignons par le coeur à sa famille et à ses proches pour l’accompagner dans ce départ vers le grand voyage de l’âme.

Philosophe, écrivain et producteur à France Culture, notamment de la célèbre émission « Les Vivants et les Dieux »(1997-2009), il a encouragé sans relâche le développement de l’Esprit Jungien en France et dans le monde.

Son amitié pendant trente ans m’a été infiniment précieuse.

Président du Groupe d’étude C.G.Jung dans les années quatre-vingt, avec son ami Pierre Solié, il y invitait l’essentiel des analystes jungiens d’alors pour de passionnantes soirées de conférences et de débats publics, c’est ainsi que je l’ai rencontré et me suis plongée dans son oeuvre. Ce normalien surdoué, gaulliste engagé par ailleurs, publiait déjà des essais, des romans, des textes poétiques, tous entés sur la vie symbolique et les racines archétypales qui nourrissent notre mythologie, notre philosophie et notre Histoire occidentale.

La féminité divine, toutes les facettes du féminin sacré le passionnaient depuis toujours et forment une autre veine centrale de son oeuvre tout entière, une cinquantaine d’ouvrages.

 Entré à France Culture en 1977 auprès de son brillant et caustique directeur Yves Jaigu, il a également participé avec lui à des émissions de télévision de grande qualité, notamment les

« Océaniques » sur Arte. Il y apportait une sensibilité et une ferveur poétique rares et même uniques dans ce milieu d’intellectuels médiatisés. Parallèlement, il organisait de nombreux colloques dans lesquels il réunissait des spécialistes en tous genres. Astrophysique, physique quantique, mathématiques, kabbale, musique, philosophie etc. et, bien sûr, analyse jungienne s’y côtoyaient dans des moments d’une grande profondeur et en même temps dans une atmosphère de fête dont je garde des souvenirs précieux. On se souvient du mémorable  colloque de Cordoue « Science et Conscience »(1979), puis « Science et Symbole » à Tsukuba au Japon (1984), publiés par les Cahiers de l’Herne. Ils ont été suivis par de multiples autres, souvent sous le patronage de France Culture qui les diffusait et les rediffusait fréquemment par la suite.

 En 1998 Michel avait eu la grande douleur de perdre sa femme et inspiratrice Chantal. Ce deuil immense l’amenait encore récemment à confier dans une conférence à l’INREES ses réflexions sur la mort, cette expérience incontournable qu’il entendait traverser les yeux ouverts. La mort, disait-il, « Il faut pourtant essayer de la penser, tout en sachant que nous ne pouvons pas la penser réellement car si nous sommes en vie, nous ne sommes pas morts, donc la mort n’existe pas. Je me demande si l’idée qu’introduit l’Orient en voyant la mort comme le contraire de la naissance – pas du tout le contraire de la vie – n’est pas plus intéressante, beaucoup plus riche et beaucoup plus féconde (…) Ce qui m’a marqué le plus est ce moment où, quelques minutes avant sa mort, ma femme me dit d’un ton très tranquille : « Voilà, c’est la fin, c’est fini ». Ça m’a énormément marqué. Je me suis dit que l’on était capable véritablement d’entrer dans la mort en l’acceptant totalement. C’est autre chose qui souffre. Elle m’avait dit : « Ne t’en fait pas, je m’en vais mais je veillerais toujours sur toi ». Il y avait quand même quelque chose de l’amour. L’amour qui n’est pas appropriation, au-delà du simple plaisir, de la pulsion… dans l’ouverture mystère. Une espèce d’amour — bon j’hésite devant le mot tellement il est galvaudé — de l’ordre de l’Universel. »

Cher Michel, maintenant que vous êtes vous-même entré dans ce grand mystère, que notre affection et notre reconnaissance vous entourent et vous protègent  sur le chemin.

Marie-Laure Colonna

28 Août 2018

L’écrivain et philosophe Michel Cazenave s’est éteint le 20 août dernier à Toulouse à l’âge de 76 ans. Ancien membre de l’Union démocratique du travail (UDT), responsable avec M. Olivier Germain-Thomas de l’édition des Cahiers de l’Herne consacrés à Charles de Gaulle (n°21, en 1973), il était membre de la convention de la Fondation Charles de Gaulle. Le Président Jacques Godfrain lui rend ici hommage :

« Alors que Michel Cazenave quitte ce monde, se posent inévitablement des questions que son œuvre et sa pensée ont portées : ce début de XXIe siècle sera-t-il celui des convictions profondes et de l’engagement ? Le monde d’aujourd’hui semble préparer une lumière aveuglante : l’ombre des recoins les plus intimes de l’âme suffira-t-elle à s’en protéger, à conserver lucidité et vision de long-terme ?

Michel Cazenave fut à la fois un penseur lumineux et un acteur de ses convictions les plus fortes. Analyste subtil et brillant des caractères de De Gaulle et de Malraux, il sut donner une dimension exceptionnelle, héroïque, à l’idée même de la Politique, celle qui, avec une majuscule, réconcilie l’homme d’action et l’homme de pensée.

Dès le début des années 1960, il consacra son inépuisable énergie à montrer que le gaullisme était un projet profondément moderne et même révolutionnaire et, liant l’engagement à la pensée, se joignit à la petite équipe de l’Union des Jeunes pour le Progrès (UJP) et des étudiants gaullistes. C’est plus tard qu’il choisira le monde des idées et du débat intellectuel pour convaincre et porter ses convictions.

Jamais Michel, dans son action, sa démarche, son comportement, ne nous a déçus. Que ceux qui se destinent à consacrer le meilleur d’eux-mêmes à l’intérêt de tous aillent puiser l’inspiration dans ses ouvrages majeurs : ses deux Cahiers de l’Herne consacrés à de Gaulle et à Malraux, De Gaulle et la terre de France ou Malraux, le chant du Monde. On peut leur souhaiter que leur chemin soit éclairé par sa pensée, à l’heure où conserver un regard d’espérance en l’avenir est un acte de courage, un acte gaulliste ».

 

Jacques Godfrain,

Ancien ministre

Président de la Fondation Charles de Gaulle