Extraits


Salut Etoile de la Mer

Salut, étoile de la mer,
Douce Mère de Dieu,
Et toujours vierge,
Heureuse porte du ciel.

Recevant cet Ave
De la bouche de Gabriel,
Etablis-nous dans la paix,
Retournant le nom d’Eva.

Délie les chaînes coupables,
Donne la lumière aux aveugles,
Rejette tous nos maux,
Requiers pour nous tous les biens.

Montre que tu es mère :
Qu’il reçoive par toi nos prières,
Celui qui, né pour nous,
Accepta d’être tien.

Michel Cazenave – Louanges à la Vierge


ISHTAR
Déploration

Nuits glacées de la lune :
la Déesse est partie
aux labyrinthes des grottes.

«Je verrai les génies des abîmes nocturnes
(dit la Mère),
et dans ma barque de cèdre
qui remonte
en silence au milieu des joncs blancs,
je navigue
sans un mot,
recherchant les sirènes que le Temps a reprises.

Je dérange les mousses
et les crabes moroses
de ces mondes étranges de quand l’homme
n’était pas,
et je passe
insensible
aux ténèbres épaisses,
au chaos minéral d’où je me suis éveillée»

Tout est mort de vent froid :
il n’est plus que le sable
et les hommes qui errent
dans la nuit vacillante,

«Mais il faut
(dit la Mère)
que je vienne là-bas : car je suis l’Antérieure,
l’Informe
et l’Innommée.»

Michel Cazenave – Chants de la déesse


Dans le silence des étoiles,

je n’entends que l’écho du grand rire qu’ont les dieux…

Michel Cazenave – Petits Chants du Néant et de la Plénitude de Dieu


Il arrive quelquefois, au promeneur fatigué, de s’appuyer sur un arbre : il pose la main sur son tronc et, reprenant son haleine, il paraît se gorger de cette calme puissance qui le soutient pour l’instant. Ce n’est qu’un préambule, il faut aller plus loin.
En fait, celui qui ne s’est jamais adossé contre un arbre, sa colonne vertébrale communiant du pilier, comme si le fût de ce hêtre, de ce chêne, de ce pin devenait sa colonne et transformait sa halte en un moment de rêve, d’intense méditation, d’abandon à la force qui se développe sous son corps et frémit sous l’écorce que sa main, lentement, caresse – celui-là ne sait pas ce qu’est vraiment un arbre…

… non, quand bien même saurait-il tout ce que les livres en disent, sa science ne serait rien devant la seule expérience de celui qui, un jour, a fait confiance à cet arbre, qui s’y est comme fondu et y a découvert un univers tout entier…

… Il faut aimer les arbres.

Michel Cazenave – Arbres (Photographies de Frank Horvat)


Faut-il prendre la route

qui ne mène nulle part

Car nulle part est le lieu

du secret dérobé ?

Michel Cazenave  – La grande quête