Romans

Le rêve d’Ossian
2012 – Yoran Embanner

Ossian est souvent devenu, dans l’Europe continentale, le prototype du héros de l’Irlande ancienne. C’est donc lui qu’a décidé de suivre Michel Cazenave, dans ses rêves et dans sa mémoire. Selon la légende, en effet, subjugué par une « fée » qui était venue le quérir d’amour, Ossian était parti pour les Iles d’Immortalité où règnent les femmes souveraines, et où le temps n’existe pas. Pourtant, un jour, pris de nostalgie pour son Irlande natale, il décide de revenir dans l’île verte : hélas ! sans qu’il ne s’en soit aperçu, plusieurs siècles ont passé, l’Irlande est devenue chrétienne, et Ossian ne reconnaît plus rien de son pays ni de ses habitants. Il se réfugie dès lors dans ses souvenirs et dans sa puissance onirique, en évoquant les multiples aventures qu’il avait connues « en ce temps-là » : interventions des pouvoirs surnaturels, apparitions des dieux, voyages dans l’au-delà, présence des fantômes, quête de l’amour fou dont font preuve, par exemple, Diarmait et Grainne, les doublets irlandais de Tristan et d’Iseult.

Exploration, de ce fait, des racines même de notre imagination et des symboles souvent les plus forts qui ont irrigué notre culture, spécialement au Moyen Age. « Le Rêve d’Ossian » se veut ainsi la redécouverte de nos racines les plus lointaines, une plongée dans toute la partie celtique de nos origines – telle du moins que nous la transmettent les documents que nous avons pu conserver – les retrouvailles avec tout un continent enchanté dont, consciemment ou pas, nous sommes aussi les héritiers.

La Princesse des nuages
2009 – Eveil et découvertes

Un jeune homme rêve toutes les nuits d’une princesse des nuages dans un pays où les rêves sont sous la surveillance du Maître des Rêves. Elle lui fait comprendre qu’elle vit dans un monde parallèle. Elle rêve de lui toutes les nuits, elle aussi. Et l’on ne sait plus très bien qui rêve et qui est rêvé.

Tristan et Iseut
1985 – Albin Michel    1994 – Albin Michel « Espaces Libres »    2000 – Garnier-Flammarion

De toutes les histoires d’amour que l’Europe a rêvées, celle de Tristan et Iseut est certainement la plus belle, la plus profonde, la plus grave. Elle fait partie de ces fabuleuses légendes qui sont le reflet d’une spiritualité proprement occidentale et qui ont traversé les siècles en faisant chanter notre imagination.

A relire ce récit sous la plume poétique de Michel Cazenave, on découvre en Tristan et Iseut des êtres toujours vivants, faits de chair, de sang et de désir, témoins d’un autre Dieu que celui dont nous avons fait une idole – un Dieu d’amour qui sait que les âmes exaltées sont les seules en ce monde à deviner quelque chose du royaume éternel. Certes la quête des deux amants est douloureuse, comme celle de la passion divine dont ils nous tracent la voie. Les épreuves ne manquent pas. Mais la flamme de l’espérance ne cesse de briller, fondée sur la certitude qu’il existe quelque part, dans la bulle d’air de Tristan ou les Iles de Fortune dont Iseut est l’emblème, un lieu de lumière dont nous avons tous la nostalgie profonde, et où nous attend certainement la figure de notre ange.

Les amants de Teruel
1978 – Albin Michel    1994 – Le livre de poche, Hachette

Selon la légende populaire, au Moyen Age deux enfants de Teruel, Diego de Marcilla et son amante Isabel, moururent de douleur d’avoir été séparés. C’est cette légende qui se trouve au départ de ce livre.

Dans un long voyage où l’amour et la mort se côtoient sans arrêt, à Teruel bien sûr, l’une des villes les plus rudes et les plus mystiques de l’Espagne, mais aussi à Paris, à Venise, au Caire, à Madrid, Diego de Lara, un jeune Espagnol d’aujourd’hui, cherche à connaître l’inconnue qu’il a vue s’évanouir, un matin de Pâques, à la messe, au moment de l’offertoire. Elle deviendra sa maîtresse, elle devra le quitter, ils se retrouveront bientôt… Dans un ballet d’une implacable cruauté, il s’apercevra que toute femme, si elle est une vraie femme, est toujours autre part, comme porteuse d’un mystère qui est peut-être au-delà de la vie et de la mort. Quand Diego sera mort, celle qui lui avait toujours échappé s’éteindra naturellement : elle ne pouvait vivre sans lui, mais il ne pouvait pas vivre sans elle.

Livre de la passion, de l’aventure, de l’amour. Mais surtout livre qui porte, dans une trace incandescente, l’inoubliable brûlure de la femme.

La putain des dieux
1994 – Le Rocher

L’aube va poindre dans le désert. Cléopâtre regarde les tentes des bédouins plantées dans le sable : c’est son armée, qu’elle a réunie tribu après tribu à travers l’Arabie et la Syrie. Demain, à la tête de ses cavaliers nomades, elle attaquera l’armée égyptienne, pour reconquérir le trône dont son frère Ptolémée l’a chassée. Loin au-dessus des tentes, elle scrute les étoiles, comme son maître Sosigène le lui a appris : va-t-elle mourir ici, à vingt ans, aux portes de Péluse, ou règnera-t-elle sur l’Egypte ?

C’est le début d’une épopée légendaire, durant laquelle le sort du monde va se jouer autour d’une femme et de trois hommes hors du commun. Quinze années qui vont voir César jeter les bases d’un empire universel, Cléopâtre incarner une déesse vivante aux yeux de tout l’Orient, avant de former avec Antoine un couple qui restera dans l’Histoire comme le symbole de la débauche et de la ruine.

Cléopâtre face à Rome, c’est la rencontre de l’Orient et de l’Occident, les esclaves nubiens et les prêtres d’Horus, les cavaliers gaulois et les archers parthes, les danseuses d’Ibérie et les gladiateurs du Cirque… C’est aussi la lutte entre les dieux de l’Orient qui promettent l’immortalité de l’âme et les dieux de la Cité, le combat titanesque entre deux conceptions du monde et de l’histoire.

Les guerriers de Finn
1992 – Artus

Quand les fées interviennent dans le monde d’ici-bas, quand les guerriers s’en vont sur la mer vers la Terre des Femmes ou des Vivants, quand les rois commettent l’inceste pour accéder à la souveraineté, quand les femmes sont libres et fières, quand, sous le coup de l’émotion, on trouve profondément normal de se mettre à parler en vers, alors on sait immédiatement que l’on se trouve en Irlande, cette terre où la puissance du rêve et le sens de la réalité la plus crue ont toujours fait bon ménage.

Sous la forme d’un roman qui retrouve les accents originels tout en leur donnant une tonalité d’aujourd’hui, Les guerriers de Finn s’inscrivent dans la continuité de l’esprit celtique où s’abreuvent, qui l’ignore ? nos sources les plus profondes.

Les demoiselles de Rabastens
1991 – Critérion

Elle sont trois : Hortense, Emilie et Julie. Toutes trois femmes de tête autant que de cœur. La dernière, dont on se demande, vers 1882, si elle ne serait pas, « après tout, un emblème singulier de l’avenir de la France », unit « dans son cœur la République et l’Empire ». Elle pense, avec juste raison, être ainsi fidèle aux idéaux de sa mère, Emilie. Mais elle ignore qu’elle est aussi par là l’instrument de la vengeance que sa tante Hortense, marquise de Rabastens, mûrit depuis longtemps contre les siens, à savoir depuis que sa propre sœur, mariée à un général de l’Empire issu du peuple, a été assassinée par les royalistes lors de la terreur blanche.

« Comment suivre une route sans fixer une étoile, et concevoir un projet sans rêver l’impossible?  » s’écrie Julie.

De la Révolution à la chute de l’Empire s’ouvre une époque tout à fait nouvelle dans notre histoire, celle où l’élévation par le mérite remplace les privilèges et où il est désormais possible à chacun de se forger un destin – ne serait-ce pas là le retour aux fondements de la vraie noblesse ? Une époque de passions, certes, mais qui est en elle-même une passion, douloureuse, héroïque, dont nul autre que Michel Cazenave ne pouvait nous faire éprouver, à travers les vies exemplaires de ses Demoiselles de Rabastens, à quel point y était déjà à l’œuvre ce qu’un illustre personnage, auquel il a consacré plusieurs ouvrages, a appelé d’une manière plus précise qu’il ne semble au premier abord « une certaine idée de la France ».

Le cœur en bandoulière
1990 – La Table Ronde

Ce sont les sentiments, la conduite, la réflexion d’un adolescent qui avait dix-sept ans en 1960, que Michel Cazenave essaie de rendre dans ce texte, au moment où l’on croyait encore à la passion mortelle de l’amour et où la culture était considérée comme un enjeu vital de l’existence.

Pas question, cependant, de céder à des nostalgies trop faciles, à des épanchements hors de mise, ou de verser des larmes sur le charme des époques révolues. C’est pourquoi ce roman est tout entier bâti sur un principe d’ironie qui est paradoxalement chargé d’en transmettre la tendresse.

Ironie du texte même, dans la manière dont le héros refuse de se prendre au sérieux et joue sans cesse sa vie pour n’en être pas prisonnier.

Ironie de la construction qui en se promenant tour à tour à différentes époques – 1960, 1970, 1980 – et aux différentes mémoires qui y sont attachées, empêche le texte, tout le temps, de se former comme un tout cohérent et ordonné.

Ironie de la place du personnage, puisqu’on ne sait jamais s’il s’agit d’une autobiographie ou d’une invention, et que pour mieux travailler les pistes, le héros se dédouble en trois apparences parallèles – dont deux ressemblent à l’auteur pour en être d’autant plus différentes.

Ironie des procédés enfin, puisqu’en adoptant un certain nombre de tours et de méthodes du roman contemporain, Michel Cazenave en fait éclater au grand jour l’artifice, et qu’on ne s’en sert en fin de compte que pour mieux les détruire.

Ce livre, volontairement, se veut léger, ennemi de tous les sérieux, au sens où Nietzsche disait déjà que « il n’y a rien de moins sérieux que l’esprit de sérieux ». Mais il est aussi – faut-il le dire ? -, une façon de rire perpétuelle qui est l’indice le plus grave des douleurs qu’on ressent…

La légende d’Aragor
1988 – La Table Ronde

Depuis qu’Aragor s’est libérée de la colonisation des Hommes bleus d’Anglia, il y a plus de deux siècles, une étrange torpeur semble s’être emparée de la vieille planète qui tournoie, solitaire, dans le vide sidéral, comme au bord de l’abîme. Mais le premier jour du printemps 508 – selon la chronologie imposée par la puissance d’Antarès depuis qu’elle s’est assuré la domination de l’Empire – une fusée d’argent pur apparait dans le ciel, et les ordinateurs du cosmodrome de Uthlet deviennent fous.

De quel endroit reculé de l’Empire galactique, de quel passé vient cette fusée qui a navigué pendant plus de deux mille ans sans aucun équipage, au hasard de l’espace et du jeu des étoiles ? Qui est vraiment Eomir, l’étranger aux yeux bleus ? Parviendra-t-il à arracher les royaumes d’Aragor à leur profond sommeil?

Ecoutons Marban, fils de Sin, petit-fils de Sina, le Vieil Homme de la Lune, nous conter la légende de la princesse Mairi, la fille du roi d’Orient, Braga de Bregun, et de sa rencontre fabuleuse avec Eomir.

Dans ce roman, écrit dans une langue hiératique, incantatoire, le futur le plus lointain rejoint un passé immémorial. La science-fiction devient ici la mémoire de l’avenir. Cette odyssée de l’espace est avant tout un voyage dans les ténèbres de l’âme humaine et les mythes de l’inconscient collectif. Peut-être s’agit-il aussi d’une parabole sur l’agonie de notre civilisation, sur son assoupissement. D’où viendra la lumière qui vaincra notre nuit spirituelle ? Qui rendra son éclat à l’Etoile oubliée ?

Les armes de la Mère
1983 – Imago

Le retour du Templier
1981 – Albin Michel

1192, les Pyrénées ariégeoises.

Alors que la troisième croisade fait rage en Palestine, un templier revient dans son pays d’origine pour se venger de son frère qui l’a volé tout enfant. Mais plus rien ne se ressemble : dans ces terre du Comté de Foix qui resteront dans l’histoire comme des lieux d’élection de la religion cathare, une partie de sa famille est passée à l’hérésie, alors que l’autre branche est restée dans l’Eglise. A ces débats spirituels s’ajoutent toutes les passions qui peuvent animer la petite noblesse de ces temps : l’orgueil de la race, le désir, la possession de la terre – et ces sentiments secrets qui animent tous les hommes, de quelque milieu et de quelque temps qu’ils soient : la brûlure de la chair, le refus du destin, la recherche de la femme qui leur révélera la figure de leur âme intérieure. Dans un climat de violence, de sensualité de la terre, d’une angoisse insidieuse; dans un doute de Dieu qui l’habite depuis qu’il a côtoyé l’islam, comme un carrefour de ces trois grandes religions qui dominent alors le monde, le templier, peu à peu, doit se défaire de toutes ces haines et de tous ses attachements : notre monde n’est rien d’autre qu’une vallée de l’exil – dont la vallée de Saurat est le symbole agissant – de l’exil d’un Seigneur dont on ne peut rien connaître, si ce n’est l’amertume dans la splendeur même de sa création.

L’auteur est ariégeois et originaire de Saurat. C’est dire que ce roman se présente en même temps comme une célébration de sa terre, et une longue réflexion, entre espérance et désespoir, sur le destin de l’homme et sa relation au ciel.

Les fusils de l’IRA
1977 – L’Herne

Ce roman est d’abord celui du terrorisme irlandais. C’est aussi la complainte des catholiques de l’Ulster, opprimés par la domination des protestants et la colonisation britannique. Donc, un roman politique en même temps que lyrique.

La question centrale en est: y a-t-il et, s’il en est, qu’elles peuvent être les lois éthiques d’une action terroriste ? Mais d’une action qui ne relève plus aujourd’hui d’une vue idéologique du monde : un nouveau temps des nationalismes est peut-être venu, et de l’Amérique latine à la Palestine, ce n’est plus tant au nom d’une idée, qu’à celui d’une terre et d’un peuple concrets, que l’on tue et que l’on meurt.

Nationalisme nouveau, qui n’est pas celui de la conquête ou d’une affirmation de supériorité, mais celui de la recherche d’une plus profonde identité de soi et des autres. Un problème, une énigme…